Un·e jeune proche entretient un lien significatif avec une personne vivant des enjeux de santé mentale, sans adopter un rôle actif d’aidant auprès d’elle.
Un·e jeune proche aidant·e apporte des soins, des services ou de l’accompagnement à cette personne. Ce soutien peut être occasionnel ou régulier, visible ou discret. Le jeune peut aussi aider une autre personne de la famille qui assume le rôle d’aidant principal.
Il peut s’agir d’un parent ou d’un grand-parent, d’un frère ou d’une sœur, d’un·e partenaire, d’un·e ami·e ou de toute autre personne qui compte pour eux.
Le jeune peut vivre avec cette personne, la voir régulièrement ou la soutenir à distance. Le lien n’a pas à être familial : il peut aussi être affectif ou social.
Être un·e jeune proche ou un·e jeune proche aidant·e en santé mentale, c’est vivre de près les répercussions des enjeux de santé mentale d’une ou de plusieurs personnes significatives pour eux.
C’est être témoins ou exposés, directement ou indirectement, à des manifestations variées parfois difficiles à comprendre ou à prévoir.
Ces manifestations peuvent prendre la forme de :
Ces jeunes sont donc souvent confrontés à des comportements, des situations et des phénomènes particulièrement complexes, imprévisibles et émotionnellement exigeants liés ou consécutifs aux enjeux de santé mentale de la personne, tout en subissant les répercussions y étant associées. Dans bien des cas, une charge élevée et persistante pèse sur eux, limitant leur capacité à répondre à leurs propres besoins et à s’épanouir pleinement, et ce, surtout s’ils n’ont pas accès à des ressources et du soutien adaptés.
Ces expériences peuvent considérablement marquer la vie des jeunes concernés.
Depuis son arrivée au Québec, Drew s’inquiète pour sa grand-mère, qui ne va pas bien. Comme son père s’occupe beaucoup d’elle, il prend davantage de tâches à la maison : l’épicerie, les repas et le ménage. Il a parfois l’impression de ne plus vraiment avoir de vie à lui.
Jordane accompagne son partenaire à certains rendez-vous et l’aide à organiser ses journées. Cette présence lui procure un sentiment d’utilité et renforce leur relation. Jordane veille toutefois à ne pas tout porter seul et conserve du temps pour ses propres activités.
L’expérience de la proche aidance peut permettre à certains jeunes de :
Les retombées sont plus susceptibles d’être positives lorsque les responsabilités demeurent adaptées à l’âge et aux capacités des jeunes, et que ceux-ci se sentent reconnus et soutenus. Elles n’effacent toutefois pas les difficultés : un jeune peut être fier de ce qu’il accomplit tout en trouvant son rôle exigeant ou lourd à porter.
Et bien que certains jeunes n’assument pas ce rôle d’aidant, ils peuvent eux-aussi tirer des bénéfices de cette expérience de côtoyer une personne vivant avec des enjeux de santé mentale.
Ces repères ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer ce que vit un jeune. Ils peuvent avoir différentes explications. Ils invitent surtout à rester attentif, à créer un lien de confiance et à lui donner l’occasion de parler de sa situation.
Mathis est souriant, calme, bien entouré et réussit à l’école. Lorsqu’une intervenante lui demande simplement comment il va, il fond en larmes. Il lui parle de son inquiétude et de sa confusion devant les comportements inhabituels de son parent. Malgré les apparences, Mathis vivait beaucoup de choses.
Dans le documentaire Garder le CAP, Joany, Dave et Marie racontent ce qu’ils ont vécu auprès d’une personne qui compte pour eux et qui vit avec des enjeux de santé mentale.
Leurs parcours montrent les défis que cette réalité peut entraîner, mais aussi la différence que peuvent faire l’écoute, l’accompagnement et l’accès au soutien.
Je m’appelle Drew. J’ai 18 ans. Je suis arrivé au Québec il y a plusieurs mois avec ma famille – ma grand-mère, mon père et mes deux petites sœurs. C’est beaucoup d’adaptation pour moi.
Mais ce qui est le plus difficile, c’est que ma grand-mère ne va pas bien depuis qu’on est arrivé ici. Elle a vraiment changé ! Elle est tout le temps triste et fatiguée. Ma grand-mère dit qu’elle n’a pas d’énergie, pas le goût de rien faire, même pas sortir pour faire des choses simples. Elle parle aussi beaucoup moins qu’avant. J’essaye de la faire rire et de lui changer les idées, sans trop de succès.
Quand j’en parle à mes amis à l’école, ils me disent qu’elle a sûrement une dépression. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Ça m’inquiète vraiment. J’ai de la misère à dormir, j’ai la tête pleine, tout le temps.
À la maison, j’aide comme je peux. Comme mon père s’occupe beaucoup de ma grand-mère, je prends en charge plus de tâches à la maison – épicerie, repas, ménage – et je prends soin de mes sœurs.
Mais c’est normal non? C’est ma famille. Je les aime. Mon père me remercie souvent pour l’aide que j’apporte et parfois on parle de nos inquiétudes pour grand-mère. Ça me rassure de savoir que je ne suis pas tout seul, mais ça me fait peur qu’il ne sache pas non plus quoi faire.
Je suis Jordane, j’ai 25 ans. Je vis avec mon copain Taylor depuis 3 ans. Taylor a un trouble anxieux. Avec le temps et le soutien d’une intervenante d’un organisme communautaire, on a appris à gérer ça au quotidien. On reconnaît ensemble les signes de l’anxiété qui monte et on a développé des stratégies qui l’aident à mieux y faire face, comme écouter de la musique, pratiquer la respiration guidée ou avoir des moments calmes à la maison.
Je l’accompagne à ses rendez-vous et je l’aide à organiser ses journées. Ça lui permet de diminuer son anxiété. Parfois, lors de certaines périodes plus stressantes pour Taylor, je prends temporairement plus de tâches à la maison. Ça me fait vraiment plaisir de l’aider et je me sens utile ! Je fais attention en revanche pour ne pas tout porter seul. On se soutient mutuellement et on parle beaucoup de ce qu’on ressent, ça renforce notre relation. On fait aussi beaucoup de choses ensemble qui nous font du bien : prendre des marches, cuisiner, écouter des séries. J’essaie aussi de garder mes activités à moi, qui me font du bien.
Ce n’est pas toujours rose. C’est un défi parfois, mais ça nous rend plus forts et complices de surmonter les épreuves ensemble !
Mon nom est Sophie. Je suis intervenante jeunesse dans un organisme communautaire qui offre des services aux proches de personnes ayant des enjeux de santé mentale.
Comme tous les vendredis soir, je me suis rendue à la Maison des jeunes du quartier. C’est une belle occasion de créer des liens avec les jeunes !
Lors de ma dernière visite, j’ai engagé une discussion informelle avec Mathis qui, en surface, semblait bien aller.
Mathis m’a parlé de ses activités sportives et de ses bons résultats à l’école. C’est alors que je lui ai simplement demandé : « Et sinon, comment tu vas ? ». Son expression a changé d’un coup. Il a baissé les yeux, avant de fondre en larmes.
Il m’a parlé de ce qu’il vit à la maison, des comportements « étranges » de son parent, des moments où il ne sait pas quoi penser ni comment réagir : « Je sais que c’est pas normal, mais je comprends pas ce qui se passe ! ».
Sans le savoir, il décrivait des manifestations potentielles d’un enjeu de santé mentale chez son parent. Mathis était un jeune proche en santé mentale. Malgré les apparences qui portait à croire qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, il vivait beaucoup de choses.
Depuis, Mathis prend souvent le temps de me parler quand il me voit, et semble rassuré de savoir qu’il n’est pas seul avec ses questions.